SONIA FELLOUS

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Lettre de présentation de Sonia Fellous
Je suis invitée à Tunis en 1998 pour assister à un colloque sur les juifs de Tunisie. Je refuse.
Rien ne m’attire en Tunisie et je ne me souviens même plus qu’un jour j’y suis née. La mémoire, pour moi elle est séfarade !
Je suis devenue, chercheur au CNRS en me spécialisant sur les juifs d’Espagne car j’ai sans doute voulu croire qu’il s’agissait de mon histoire et de celle de mes aïeux. Je ne savais plus ou ne voulais pas me souvenir que nous étions tunisiens.
Et là, parce que l’on me parle d’une mission pour le CNRS, je me retrouve – malgré moi j’aimais à croire – face à des souvenirs que j’avais soigneusement enfouis au plus profond de moi.
Assise devant l’écran de mon ordinateur, des images surgissent les unes après les autres :
Je me souviens seulement de ce 5 juin 1967 où tout brûlait dans mon quartier, où mes parents tremblaient de peur et où mon père priait avec son talith pour que nos vies – trois enfants petits – soient préservées.
Je me souviens des tanks devant la synagogue éventrée et ses rouleaux de torah étalés, souillés sur les marches !
Plus ces images traumatisantes défilent dans ma mémoire retrouvée et moins je veux partir. Je trouve n’importe quel prétexte pour ne pas y aller !
Mais on me parle de manuscrits de documents que moi seule serais capable d’identifier … des livres anciens, de la Kabbale peut être, des registres communautaires … des documents qui seraient perdus à jamais si je ne venais pas.
Subitement je me suis prise à espérer trouver un prétexte pour m’intéresser à ma mémoire propre … combler ce trou mémoriel dont je prenais conscience.
Et là commence ma quête … sans même que je m’en rende compte !
Cette enquête m’a révélée subitement qui étaient vraiment mes ancêtres, ces juifs dont je connaissais finalement que le rami, le couscous les fricassés et la bonne humeur
J’ai compris enfin qui étaient mes parents ce qu’ils étaient devenus, ce qu’ils avaient perdu et l’immense profondeur de leur douleur, de leur déracinement et de la densité et la grandeur de leur culture enracinée à leur être propre.
Me voilà donc à Tunis, en mai 1998 pour enquêter sur ces fameux manuscrits hébreux, des ouvrages de Kabbale anciens, des archives et des registres communautaires importante.
Devant l’état de délabrement de ces lieux de vie, des documents, des archives, du patrimoine et face à cette communauté vieille de plus de 2000 ans réduite à moins de 2000 personnes, la plupart vivant dans des conditions plus que précaire, je prends conscience de l’urgence qu’il y a à préserver cette mémoire et à en révéler sa richesse.
Et je décide alors de commencer là où la vie s’arrête mais où la mémoire reste impérissable, gravée dans la pierre !

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